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Les SES, pour comprendre et lutter contre les inégalités de genre

Danielle Bousquet, Présidente du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, explique comment l’enseignement pluridisciplinaire de SES apporte une contribution décisive à la formation citoyenne, en permettant aux élèves d’étudier la construction des inégalités de genre.

Les inégalités de genre résistent

Les cours de sciences économiques et sociales sont indiscutablement une des clés pour comprendre le monde qui nous entoure, ainsi qu’un moyen de décrypter les mécanismes par lesquels un.e enfant se construit en tant qu’acteur-rice social.e. En effet, au-delà des facteurs de socialisation liés au milieu social, les sciences économiques et sociales insistent sur la nécessaire prise en compte des « rôles associés au sexe » dans la construction des individus.

Autrement dit, il s’agit d’étudier comment la socialisation durant l’enfance -en tant que petit garçon ou petite fille- conduit, pour chacun.e d’entre nous, à une inégalité de genre à l’âge adulte, inégalité reproduite de génération en génération, quelles que soient les qualités scolaires des filles. Ces inégalités se retrouvent partout : dans les métiers (genrés : masculins ou féminins), dans les salaires (inférieurs de 15% en moyenne pour les femmes), dans les tâches familiales et domestiques (50% de temps en plus consacré par les femmes), dans les responsabilités politiques (3/4 du Sénat ou de l’Assemblée nationale sont des hommes).

Dévoiler les stéréotypes de sexe

Les enseignements de Sciences économiques et sociales – et ce sont les seuls dans les programmes de l’Education nationale - insistent sur le poids de ces déterminismes de genre dans la reproduction des inégalités. L’analyse des programmes des autres disciplines et des manuels scolaires correspondants montre une très forte persistance d’une sous-représentation des femmes et de leur cantonnement dans des rôles très traditionnels. Et ils légitiment les rôles de sexe en les « naturalisant » : ils font paraître comme biologiques et naturels des rôles de sexe différents et hiérarchisés, assignés aux femmes et aux hommes. Les sciences économiques et sociales visent à faire comprendre aux élèves ce que sont les stéréotypes de sexe, qui sont des représentations schématiques et globalisantes sur ce que sont -ou ne sont pas- les filles et les garçons, les femmes et les hommes.

Ainsi les stéréotypes de sexe légitiment les injonctions, faites aux femmes et aux hommes, à se comporter selon les normes établies de la féminité pour les unes, et selon les normes de la masculinité pour les autres. On peut citer par exemple, l’assignation des femmes à certaines sphères professionnelles, où se trouvent de fait très peu d’hommes, justifiée par une supposée « nature féminine » douce, empathique, portée par le soin aux autres. A l’inverse, l’omniprésence des hommes aux postes de pouvoir s’expliquerait par une « nature masculine » ambitieuse, douée d’autorité. De la même manière, les stéréotypes de sexe légitiment des incompétences a priori « en maths, les filles sont moins bonnes que les garçons ». Et c’est le système de normes hiérarchisées de masculinité / féminité qui définit le genre. Les stéréotypes de sexe, qui construisent les inégalités de genre, sont donc l’un des maillons d’un système structurellement inégalitaire qu’il convient de faire reculer.

Une approche pluridisciplinaire

L’approche multidisciplinaire des sciences économiques et sociales permet de montrer que, malgré les évolutions des mentalités, la répartition des rôles sociaux de sexe reste traditionnelle et conforme aux attentes sociales, et permet d’en comprendre les raisons et les mécanismes de reproduction. Les élèves vont ainsi être outillés pour analyser, décrypter, mettre en relation les multiples facteurs des constructions sociales, de l’héritage culturel, de la reproduction sociale. N’est-ce pas là la meilleure formation pour devenir citoyen ou citoyenne à part entière ?

L’auteure

Danielle Bousquet est actuellement présidente du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes

Après une scolarité qui l’a menée jusqu’à HEC, elle devient directrice commerciale d’une PME sur Paris, mais choisit de retourner vivre et travailler en Bretagne à Saint-Brieuc, d’abord comme professeure de SES, puis directrice d’établissements scolaires. En parallèle, elle mène une activité de militante associative pour les droits des femmes et occupe des mandats de conseillère municipale et adjointe au maire à la Mairie de Saint-Brieuc.

Elue députée en 1997, elle est réélue sans discontinuer jusqu’en 2012, et occupe un temps la fonction de Vice-présidente de l’Assemblée nationale (2009-2010). Elle est nommée en janvier 2013 présidente du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, qui « a pour mission d’assurer la concertation avec la société civile et d’animer le débat public sur les grandes orientations de la politique des droits des femmes et de l’égalité ».