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Les SES et moi : Jean-François Copé, député-maire, ancien ministre

Pourquoi avez-vous choisi de faire des SES ?

J’ai failli faire des études purement scientifiques et passer à côté des SES ! Quand j’étais au lycée, on devait choisir notre filière dès la seconde et j’avais choisi la filière C (équivalent de la filière S). J’avais beaucoup de maths et beaucoup de physique. Seulement, j’avais la fibre mathématique mais absolument pas la fibre physique et cela se ressentait sur mes notes.

J’ai eu la chance d’être extrêmement bien conseillé par ma professeur de maths. Elle m’a dit de me réorienter vers une filière B (équivalent de la filière ES) en 1ère pour m’intéresser aux sciences humaines et m’ouvrir l’esprit tout en conservant des maths, ce que j’ai fait. Et puis, elle m’a parlé d’un professeur d’économie excellent, passionné, qui a révolutionné l’enseignement des SES : Robert Jammes (NDR : ancien président de l’Association des professeurs de SES ; voir sa contribution sur ce blog ici). Il a été mon professeur pendant mes deux années de lycée et c’est à lui que je dois ma passion pour les SES.

Pouvez-vous raconter un moment qui vous a marqué au cours de cette formation ?

En fait, c’est tout le début de ma formation qui m’a marqué. C’était absolument génial et très malin : j’ai été initié aux SES avec Obélix et compagnie. Vous savez, cette BD d’Astérix et Obélix où le malicieux Saugrenus décide d’introduire la monnaie romaine dans l’économie de troc gauloise en achetant des menhirs. S’ensuivent nombre de péripéties dont une crise économique et sociale dans la République romaine ruinée par les achats de Saugrenus. 

L’économie du menhir m’a permis de comprendre en très peu de temps les mécanismes basiques du marché. Quand je dis que je suis tombé dans la marmite des SES quand j’étais lycéen, c’est une image très parlante pour moi !

Aujourd’hui, les SES c’est quoi pour vous ?

La formation qui ouvre le mieux l’esprit aux grands problèmes contemporains. La compréhension des phénomènes économiques et sociaux doit devenir une priorité pour les Français s’ils veulent entrer de plain-pied dans le XXIe siècle. Je suis vraiment très attaché à cette démocratisation des SES. J’ai d’ailleurs toujours essayé dans mes interventions télévisées, notamment quand j’étais ministre du Budget, de présenter faits et chiffres avec le souci de partager avec les auditeurs les problématiques rencontrées.

Cependant, les SES ouvrent l’esprit à ces grandes questions à une condition : celle de veiller en permanence à ne pas se tromper de combat dans le contenu de l’enseignement. Aujourd’hui, la société et l’économie ont changé et les SES ne peuvent donc plus être enseignées comme dans les années 1980. Hélas certains carcans idéologiques sont restés les mêmes alors que nous sommes entrés entre-temps dans l’ère du numérique et de la mondialisation. J’ai bon espoir que ces derniers carcans disparaissent.

Si vous aviez une mesure prioritaire à mettre en œuvre en faveur des SES, quelle serait-elle ?

Enseigner les SES dès la 5e. Cette mesure est fondamentale à double titre. D’une part, cela permettrait de donner à tous les Français des connaissances solides sur le fonctionnement de la société française dès leur plus jeune âge. On aurait alors des générations bien mieux informées sur les grands problèmes de notre temps.

D’autre part, un tel enseignement offrirait une connaissance pratique du monde de l’entreprise à tous nos jeunes et favoriserait leur entrée dans l’apprentissage et leur insertion professionnelle. L’enseignement des SES viendrait alors renforcer l’égalité des chances par l’éducation, mission première de l’école.

L’auteur

Jean-François Copé est député-maire (LR) de Meaux depuis 1995, et ancien ministre. Après un bac B obtenu en 1981, il entre à Science Po Paris, puis à l’ENA. La passion pour l’économie l’accompagne depuis dans ses responsabilités professionnelles et électives, de ses postes de Ministre délégué à l’Intérieur (2004) et de Ministre délégué au Budget (2004-2007) à celui de Président du Groupe UMP à l’Assemblée nationale (2007-2010), en passant par sa mission d’enseignement des finances publiques à Paris 8 et de l’économie à Sciences Po.

Il sera présent pour fêter avec nous les 50 ans des SES au Printemps de l’économie le 22 mars à 17h. Venez nombreux !

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