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Les SES et moi : Olivier Bouba-Olga, économiste

L’auteur

Olivier Bouba-Olga est Professeur des universités en économie et doyen la Faculté de Sciences économiques de l’Université de Poitiers. Il se définit comme chercheur en sciences sociales, avec deux domaines de prédilection : l’entreprise et le développement économique des territoires. 

Le Blog d’Olivier Bouba-Olga.

1. Pourquoi avez-vous choisi de faire des SES ?

Je crois être un cas très banal en termes de trajectoire d’étude, caractéristique du milieu des années 1980, qu’on retrouve encore hélas un peu trop : en seconde au lycée Louis Armand de Poitiers, j’obtenais de bons résultats dans toutes les matières, on me proposa donc de m’orienter en 1ère S, comme tous les « bons » élèves.

Sauf que les matières enseignées dans cette filière ne m’intéressaient pas particulièrement, hormis les maths, le français et l’histoire.

Je décidais donc d’investir d’autres activités typiques de la période adolescente, de désinvestir ma scolarité pour une petite année et de réfléchir à ma réorientation au printemps.

Je me suis rapidement décidé pour une première ES l’année suivante, dans un autre lycée de la même ville. Refaire une première S ne m’intéressait vraiment pas, n’ayant pas d’appétence pour la physique et la SVT ; m’orienter en L ne m’aurait pas déplu, j’aimais beaucoup le français et je sentais que la philo pouvait me plaire ; mais la filière ES me correspondait beaucoup mieux. Elle me permettait de cultiver mon « avantage comparatif » en mathématiques, d’avoir des enseignements diversifiés et surtout de répondre à ma motivation première : comprendre le monde social.

2. Pouvez-vous raconter un moment qui vous a marqué au cours de cette formation ?

En termes d’enseignement, je n’ai pas de souvenir marquant qui se détache. J’aimais plutôt bien l’ensemble des matières, je me sentais bien dans cette filière, j’obtenais de bons résultats, je pouvais donc poursuivre mes études tranquillement. A bien y réfléchir, ce ne sont pas les cours de SES qui me plaisaient le plus, plutôt ceux de philo : ils relevaient moins de la transmission de connaissances que de l’incitation à réfléchir, à se remettre en cause, apprendre à argumenter…

Les deux moments marquants relèvent plutôt de l’anecdote : mon prof de math nous racontant qu’il avait un âne, qu’il avait baptisé Pompidou pour embêter son voisin de droite ; ma prof de français, à un an de la retraite, me demandant si je pouvais lui prêter des San Antonio, que j’avais évoqué dans une dissertation sur la figure du héros...

3. Aujourd’hui, les SES, c’est quoi pour vous ?

Etant aujourd’hui Enseignant-Chercheur en économie, les sciences économiques et sociales sont au cœur de mon activité, d’autant plus que dans le cadre de mes recherches, je combine souvent les apports de l’économie et de la sociologie (ainsi que de la géographie, d’ailleurs).

J’entretiens également des liens étroits avec des collègues de lycée des filières ES de l’académie, car nous accueillons environ 2/3 d’élèves de cette filière en première année de Sciences Eco, et ils y réussissent très bien ! Je leur explique que les études d’économie ont beaucoup évolué, qu’elles permettent précisément à ceux qui le souhaitent de comprendre le monde, et de bien s’insérer, ensuite, sur le marché du travail.

Plus généralement, je considère que les sciences économiques et sociales devraient être enseignées beaucoup plus largement, à l’ensemble des jeunes : qu’on s’en réjouisse ou qu’on s’en désole, l’économie est aujourd’hui au cœur de nos sociétés, comprendre son fonctionnement est donc essentiel pour mieux agir ensuite.

4. Mon parcours

Après l’obtention de mon baccalauréat ES, nouvelle « erreur d’orientation » : la suite logique, vu mon dossier, était d’aller en classe prépa aux Grandes Ecoles de commerce. Les enseignements me plaisaient, mais lors de rencontres avec des élèves des années supérieures, déjà en Ecole, je me suis rendu compte que ce milieu ne me correspondait absolument pas !

L’année suivante, je me suis donc réorienté à la Faculté de Sciences Economiques de Poitiers, j’ai obtenu ma licence, un Master Recherche (appelé à l’époque un DEA), puis une thèse consacrée à l’économie et à la géographie de l’innovation. Je suis depuis lors enseignant-chercheur dans cette même Université.

Je tire de ce parcours un enseignement important, que j’essaie de transmettre aux « jeunes générations » : il n’y a pas de filière idéale, de formation meilleure qu’une autre, que ce soit au lycée ou dans l’enseignement supérieur. Ce qui compte avant tout, c’est de trouver la voie qui correspond à ses valeurs, à ses aspirations (d’où l’importance qu’il y aurait à ne pas spécialiser trop tôt les études).