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Les SES et Star wars

Utiliser Star Wars en SES

Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine, avait lieu un combat entre les forces du bien et les forces du mal, qui se cristallisaient par la rencontre d’un père avec son fils… Star Wars nous narrait cette histoire et allait devenir une référence culturelle majeure pour des générations entières.

George Lucas, évidemment, n’est ni un économiste, ni un sociologue. En écrivant son scénario en se fondant sur les travaux d’un anthropologue américain ayant travaillé sur les mythes, Joseph Campbell (Le héros aux mille et un visages, 1949, référence incontournable depuis dans l’écriture de scénario), il n’avait sans doute pas même l’ambition de nous offrir une lecture de nos sociétés contemporaines. Et pourtant, à y bien regarder, la saga nous offre de nombreuses situations permettant d’illustrer des notions ou mécanismes économiques ou sociologiques.

Ainsi, il est possible d’utiliser des extraits des différents films pour illustrer certaines notions au programme. L’objectif n’est évidemment pas de se substituer en amont à une découverte rigoureuse des notions et mécanismes en question, mais plus modestement de présenter après coup de manière ludique des applications concrètes permettant, si besoin était, de montrer de manière détendue la pertinence analytique de ce qui a été enseigné. Voici, à titre d’exemple, quelques utilisations possibles…

Innovation et destruction créatrice

Prenons par exemple le concept d’innovation, qui engendre une destruction créatrice (voir ici pour en savoir plus !) qui n’est plus formellement au programme, mais dont l’étude reste essentielle pour bien comprendre les implications de l’innovation. Ce concept est bien présent dans l’univers Star wars, lorsque Luke revend son speeder sur Mos Eisley dans l’épisode IV, afin de financer son départ de Tatooine sur le Faucon Millenium. Après l’avoir revendu, il dit à Obiwan : « Depuis la sortie du XP-38, mon speeder ne vaut plus rien », ce qui signifie clairement que le XP-38 représente une innovation sur le marché du speeder, innovation qui tend à rendre obsolète les anciens modèles de speeder –dont celui détenu par Luke-, ce qui réduit la demande se portant sur eux, et donc leur prix…

Economie d’échelle

De même, l’étude de la croissance endogène en Terminale ES peut amener à présenter l’existence d’économies d’échelle (la diminution du coût moyen par unité quand plus d’unités sont produites ; quasi synonyme : rendements croissants, voir ici si curiosité !). Cette notion peut être illustrée dans Star Wars en comparant le temps de construction nécessaire à la construction des deux Etoiles Noires. L’Etoile noire est donc un « personnage » central de la saga. Elle apparaît dans l’ordre chronologique de sortie des films pour la première fois en 1977 dans l’épisode IV, et est détruite à la fin de cet épisode par Luke.

Une deuxième Etoile noire est ensuite construite, dans l’épisode VI, qui se situe trois ans après les événements de l’épisode IV. Dans cet épisode, elle n’est pas encore terminée, mais elle est en passe de l’être, puisque elle est censée devenir opérationnelle au cours du film (« Je vous certifie que cette station sera opérationnelle à la date prévue » certifie ainsi l’officier impérial chargé des travaux qu’interroge Dark Vador lors de la scène d’ouverture de cet épisode). On ne sait pas si sa construction a été démarrée dès la fin de l’épisode quatre, mais même en supposant que c’est le cas, cela nous donne un délai de construction inférieur à quatre ans.

Or, la première Etoile noire a été beaucoup plus longue à construire. En effet, on découvre ses plans à la fin de l’épisode II lorsque Poggle Le Bref les donne au Comte Dooku lors de la déroute que subissent les séparatistes sur Généosis, lors du combat qui marquera le départ de la Guerre des clones, et le début de sa construction se situe à la fin de l’épisode trois, dans une scène où Palpatine et Dark Vador, à bord d’un destroyer impérial, découvrent les premiers éléments de construction de l’Etoile noire. Au début de l’épisode IV, elle est inconnue des protagonistes de l’histoire, et n’a encore jamais été utilisée, puisque c’est dans cet épisode que son armement sera testé pour la première fois en détruisant la planète Alderaan, planète d’origine de la princesse Leïa. Par conséquent, comme il se déroule environ 20 ans entre l’épisode III et l’épisode IV, on peut en conclure que sa construction a duré une vingtaine d’années au maximum.

Ainsi, on est manifestement en présence d’économies d’échelle, car le temps de construction a été considérablement réduit entre les deux Etoiles noires. Durant la construction de la seconde Etoile noire, les facteurs de production ont manifestement gagné en productivité, puisqu’il a fallu moins de temps pour réaliser la même production (ce qui est la deuxième manière de caractériser une hausse de la productivité).

La reproduction sociale

Star Wars fourmille encore davanatage d’illustrations pour les concepts sociologiques. En premier lieu, la reproduction sociale, étudiée en Terminale ES dans les programmes actuels.


Manifestement, elle est forte dans l’univers Star wars. A tout seigneur tout honneur, commençons par la famille la plus emblématique : la famille Skywalker. Le père, Anakin, est chevalier Jedi – et d’ailleurs, soit dit en passant, c’est un des deux seuls exemples que nous ayons de mobilité sociale intragénérationnelle, en passant d’un statut d’esclave à un statut plus envié de Jedi -, et son fils… deviendra chevalier Jedi lui aussi – et connaîtra au passage comme son père une mobilité sociale intragénérationnelle, après avoir démarré sa carrière comme fermier. Cette reproduction sociale est d’autant plus marquante que Luke n’a pas été élevé par son père.

Cependant, elle s’explique par la prédestination des membres de cette famille : le fait d’être sensible à la Force étant génétique, le fait pour un Jedi d’avoir un enfant induit de facto la capacité innée pour cet enfant de devenir Jedi à son tour. Par contre, sans cette prédestination et l’intervention d’Obiwan, Luke serait peut-être resté cultivateur d’humidité… qui se trouve être la profession de son oncle adoptif, Owen Liars, qui a fait pour lui office de père adoptif, et de celle du père de Owen, Cliegg Liars, la reproduction sociale s’étendant alors sur deux générations !


Toujours dans la même famille au sens large, la destinée sociale de la Princesse Leïa est intimement liée à ses origines : elle siège au Sénat tout comme son père adoptif, Bail Organa, l’a fait avant elle (comme on peut le voir dans les épisodes 2 et 3) ; elle est Princesse, tout comme sa mère l’était aussi de par son statut d’ancienne Reine de Naboo. Mais ce n’est pas tout ; ainsi, Boba Fett chasseur de prime qui parviendra à prendre en charge le faucon Millenium et donc qui permettra à l’Empire d’arrêter Han Solo, est le fils d’un… chasseur de prime, Jango Fett ! Là aussi, la reproduction sociale est totale.

L’évolution des valeurs

De même, l’évolution des valeurs, étudiée en classe de première, peut être présentée en étudiant l’évolution des rapports entre hommes et femmes. Or, l’un des dialogues les plus connus de Star Wars est sans conteste celui se trouvant peu avant qu’Han Solo se fasse cryogéniser par l’Empire dans l’épisode IV. Han Solo, qui risque bien de vivre là ses derniers instants de liberté, entend Leïa lui lancer : « Je t’aime ! » ; ce à quoi il répond, sur un air blasé, le désormais mythique : « Je sais » (à 2’18’’ dans l’extrait ci-dessous), ce qui peut être une belle illustration de la domination masculine.

Pour autant, Star Wars n’est pas une saga sexiste. Au contraire, elle va permettre de montrer à travers le comportement de la princesse Leïa l’évolution des rapports hommes/femmes : de dominée, la princesse va progressivement reprendre le dessus et devenir à son tour dominatrice. Le véritable symbole de ce retournement se situe dans l’épisode six. Vers la fin du film, Leïa et Han se retrouvent dans une situation quasiment désespérée… quasiment car Leïa cache un pistolet laser qui va les sauver. Le voyant, Han lui exprime sa gratitude en lui disant : « Je t’aime »… et par un amusant retournement de situation, Leïa lui répond… « Je sais », officialisant ainsi le renversement de rapport de force entre les deux protagonistes, et par extension, entre les deux sexes !

Et plein d’autres !

Nous aurions pu multiplier les exemples, ce que nous avons d’ailleurs fait dans une version longue de ce texte ici !

Et il existe quantité de films ou de séries pouvant être exploités en SES, en ce sens que leur étude permettra aux élèves, sans doute, de s’approprier plus facilement des parties du programme qui auront pu au préalable être rigoureusement traitées en classe à partir d’un dispositif plus traditionnel.

L’auteur

Renaud Chartoire est professeur de Sciences économiques et sociales au lycée Guist’hau de Nantes, où il enseigne en prépa B/L et dans les classes de lycée. Il a participé comme auteur à de nombreux manuels de SES. Sa passion pour Star wars en fait aussi un des spécialistes de la saga en France, et contamine à l’occasion son enseignement.

Le site internet de Renaud Chartoire, "La revanche des SES", vaut le détour !