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Les SES et moi : Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale

Pourquoi avez-vous choisi de faire des SES ?

A partir du moment où l’on s’intéresse à l’être humain, il est délicat de faire l’économie des sciences économiques et sociales, justement parce que le cœur de leur objet ce sont les relations entre les êtres humains. Elles permettent alors de saisir plus finement ce qui fait partie de notre existence quotidienne. C’est, à travers elles, un nouveau continent qui s’ouvre à la pensée. Un nouveau territoire à explorer.

Il avait, en un sens, toujours été là, mais les sciences économiques et sociales permettent de dépasser l’intuition, pour aller étudier en profondeur les échanges et les liens que nouent les êtres entre eux. Que l’on se tourne vers l’art, la littérature, le commerce, il y a partout une dimension économique et sociale. Un spectacle qui se monte, s’ancre dans une réalité sociale et économique – même s’il ne s’y résume pas. Un livre qui s’imprime aussi.

Et en même temps, tout cela s’inscrit dans une société qui lui donne aussi un certain sens, une certaine valeur, un certain usage. Donc pour répondre plus clairement, car je sens bien que la digression menace, je crois qu’il entrait dans mon choix de faire des sciences économiques et sociales une grande part de curiosité, l’envie d’appréhender et de comprendre autrement ce qui fait de nous, selon le mot d’Aristote, un « animal social », et les contradictions qui y sont liées.

Pouvez-vous nous raconter un moment qui vous a marqué en cours de SES ?

Oui, je me souviens très bien d’un cours de sociologie sur la mobilité sociale qui était à la fois très concret, puisant dans le quotidien de nos familles, et qui était en même temps une initiation théorique très forte. Le décryptage des mécanismes de domination, d’héritage culturel, de reproduction sociale a fonctionné comme une révélation. Le tout dans un langage très simple, illustré par des exemples à portée de main.

Cet enseignant avait voulu frapper nos esprits en nous montrant que nous pouvions utiliser ces savoirs nouveaux pour mieux nous comprendre nous-mêmes, la structure sociale de notre environnement et donc, d’une certaine manière, nous émanciper. Avec le recul, je me dis que c’était presque de la sémiologie : comment interpréter le monde matériel qui nous entoure ? C’était comme une illumination qui, je crois, a été très bénéfique dans mon parcours, et continue de produire ses effets.

Les SES, pour vous, c’est quoi aujourd’hui ?

Un savoir qui gagnerait à être plus largement répandu. Alors, évidemment, on ne peut pas tout enseigner à tout le monde, il y a toujours un moment où s’impose une nécessaire spécialisation. Mais je crois que si les sciences économiques et sociales étaient mieux connues, d’une part cela contribuerait pleinement à la formation du citoyen – étant donné le poids de ces problématiques dans la politique actuelle – et en même temps cela donnerait, je pense, une autre image des sciences sociales, qui souffrent souvent de raccourcis et de déformations qui empêchent d’en saisir l’importance et la valeur.

D’ailleurs, au-delà des nombreuses filières des voies générale, technologique et professionnelle où l’économie occupe une place importante, un enseignement d’exploration des sciences économiques et sociales ou d’économie et de gestion est suivi par chaque élève de seconde générale et technologique, et la mise en place du Parcours Avenir depuis la rentrée 2015 permet à chaque élève, dès la classe de 6ème, d’acquérir une expérience du monde professionnel, où l’économie s’incarne.

Grâce aux sciences économiques et sociales, nos élèves posent sur le monde qui les entoure un autre regard : un regard informé, un regard qui sait repérer les dynamiques des relations et des échanges, un regard qui est en prise avec les enjeux de son temps, mais qui sait aussi prendre du recul. Une distance prise pour mieux comprendre et donner, au monde, du sens, voilà au fond ce que sont les sciences économiques et sociales pour moi, aujourd’hui.

L’auteur

Najat Vallaud-Belkacem est ministre de l’Education nationale, de la Recherche et de l’Enseignement supérieur depuis août 2014.

Née en 1977 au Maroc dans un milieu rural, elle a passé son enfance et sa scolarité dans la région d’Amiens, avant de rejoindre Paris pour poursuivre ses études à l’Institut d’Études Politiques après un bac ES obtenu en 1995.

Juriste de formation, elle milite au Parti socialiste depuis le 21 avril 2002, et obtient son premier mandat électif comme conseillère régionale Rhône-Alpes en 2004. Depuis 2012, elle a occupé plusieurs postes de secrétaire d’Etat et de ministre avant de devenir la première femme ministre de l’Education en France.

http://www.najat-vallaud-belkacem.com/