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Les SES et moi : Pascal Le Merrer, Directeur général des Journées de l’économie

Pourquoi avez-vous choisi de faire des SES ?

Je garde un très mauvais souvenir de ma scolarité à l’école primaire et au collège. On me demandait toujours de mieux soigner mon travail, j’avais le tort d’être gaucher... Alors je rêvais de m’évader de cette école contraignante.

C’est ce que j’ai pu faire en 1969 en intégrant une des rares classes de seconde AB, dans un lycée technique de jeunes filles à Argenteuil et dans un autre département que celui où j’habitais. J’ai vécu trois années passionnantes où nos professeurs  mêlaient leurs expériences pédagogiques et personnelles avec un chef d’établissement du nom de T. Bonne qui tentait, sans succès, de maintenir l’ordre...

Curieusement j’étais attiré par cet enseignement de SES avant même de savoir ce que c’était. Ce qui changeait fondamentalement pour moi, c’était la relation avec les enseignants : on nous demandait de réfléchir, de lire, de discuter. Il ne faut pas oublier qu’après 68, ce sont les lycées qui étaient en effervescence. Souvent les cours se prolongeaient dans les couloirs, puis dans les cafés et dans les activités associatives du lycée, le grand moment étant le club théâtre.

Un moment qui vous a marqué en cours de SES ?

Je pourrai dire la profusion des documents ronéotés en terminale où l’on nous faisait un tableau très sympathique de la Chine de Mao... Mais en fait c’est le cours de première où j’ai appris les premiers rudiments d’analyse économique avec un certain Monsieur Motte (au destin tragique) qui reste le meilleur souvenir. C’est là que j’ai découvert un certain Keynes qui déjà me semblait très énigmatique.  Je comprenais que cet auteur avait une importance particulière sans comprendre réellement à quelles analyses il s’opposait.

Ce qui était stimulant c’était de s’approprier des raisonnements, des concepts qui nous donnaient l’impression de pouvoir développer nos propres analyses. Je crois que j’étais aussi impressionné par le travail de préparation des cours que réalisaient ces premiers enseignants de SES, même s’il me semble rétrospectivement qu’ils n’étaient pas très à l’aise avec la sociologie.

Aujourd’hui, les SES, c’est quoi pour vous ?

J’ai enseigné pendant dix ans en lycée, avec des expériences très contrastées à Neuilly, Gisors et 8 ans à Sarcelles. Un souvenir particulier dans ce dernier établissement est un PAE avec une enseignante d’histoire - géographie où nous invitions des ethnologues et une rencontre avec Robert Gessain au Musée de l’Homme où il a enmené les élèves dans les réserves pour leur montrer les objets qu’il avait ramené de ses expéditions.

En même temps j’ai enseigné dans les TD du soir à Dauphine puis, à la demande d’Albert Cohen, dans la préparation au CAPES à Sciences-Po. A cela s’est ajouté la participation aux recherches de l’équipe dirigée par Elisabeth Châtel en didactique des Sciences économiques et sociales à l’INRP. Les expériences ont continué avec la responsabilité de la préparation à l’économie à l’ENS de Fontenay-Saint-Cloud.

 

Je crois ne m’être jamais éloigné des SES avec l’envie de rendre accessible à un public le plus large possible les réflexions sur les grands sujets économiques et sociaux. C’est ce qui s’est concrétisé avec des sites internet comme touteconomie.org, ainsi que le site DGESCO ses.ens-lyon.fr qui contribue à la formation continue des professeurs, avec la création des Journées de l’économie en 2008 (plus de 5000 lycéens et étudiants présents chaque année), et avec les MOOC depuis trois ans (le dernier étant "C’est quoi l’éco ?"). 

Nous avons la chance de participer à un enseignement qui doit sans cesse se réinventer en guidant les élèves sur un chemin qui va de la découverte des différents moyens de lire la réalité économique et sociale pour en arriver aux grilles d’analyses des disciplines qui constituent les sciences sociales. Tout cela avec un joli paradoxe : les SES sont le produit d’un projet de faculté des sciences sociales de Fernand Braudel qui fut dépassé par mai 68 et finalement porté par des générations de professeurs qui ont passé leur temps à adapter leur enseignement à leurs élèves. C’est une bonne nouvelle car notre système éducatif a toujours du mal à mettre l’élève au centre du jeu.

L’auteur

Pascal Le Merrer est directeur général des Journées de l’Economie (Jeco), un événement annuel qu’il a créé à Lyon en 2008. Il est titulaire d’un Bac B qu’il a obtenu en 1971. Après des études d’économie, il est devenu enseignant de Sciences économiques et sociales. Il est actuellement professeur à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon.

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