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Les SES et la série ES aujourd’hui

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la place des Sciences économiques et sociales au lycée en France aujourd’hui. Par Erwan Le Nader, président de l’Association des professeurs de SES.

Un petit aperçu de la place qu’occupent les SES et la série ES au lycée aujourd’hui : la 2e voie d’accès au baccalauréat en France, avec un enseignement apprécié par les élèves, et qui les fait réussir dans le supérieur.

Ce que sont les sciences économiques et sociales

Créées en 1967, les sciences économiques et sociales (SES) sont une discipline scolaire contribuant à la formation de la citoyenneté et de l’esprit critique des lycéens grâce aux savoirs et aux méthodes pluriels des sciences sociales : l’économie et la sociologie principalement, éventuellement complétées, selon les époques et les thèmes, par l’histoire économique, la démographie, la science politique, la psychologie sociale ou l’anthropologie.

Les lycéens y sont confrontés à des enjeux économiques et sociaux du monde contemporain, tels que les bienfaits et les limites de l’économie de marché, de la croissance et de l’intervention des pouvoirs publics, la mondialisation des échanges, les dynamiques de l’emploi, la complexité des stratégies d’entreprises, les inégalités de genre, la mobilité sociale ou les transformations du lien social, pour ne prendre que quelques exemples.

La place des SES au lycée en France

Une discipline limitée à une fraction de l’enseignement secondaire

Absentes du collège, les SES ne sont enseignées que dans le lycée général. Depuis 2010, les SES sont, en classe de seconde, un « enseignement d’exploration » facultatif avec un volume horaire faible (1h30 par semaine seulement) mais suivi par 85% des élèves. Pour l’essentiel d’entre eux (ceux qui ne s’orienteront pas en série ES), ce sera leur seul contact avec cette discipline dans leur scolarité.

Les SES, discipline pivot de la série « économique et sociale »

Si les sciences économiques et sociales sont la discipline qui bénéficie des horaires et des coefficients les plus élevés en série ES (au minimum 5H de cours par semaine et un coefficient 7 voire 9 au baccalauréat), les SES constituent également un enseignement qui donne une cohérence aux contenus abordés dans les enseignements de la série ES, du fait de complémentarités fortes avec l’enseignement de mathématiques, l’histoire-géographie, les langues vivantes ou la philosophie sur des thèmes particuliers.

Une série marquée par le dynamisme de ses effectifs

La deuxième série de l’enseignement Général et technologique

Après l’explosion des effectifs de la série B, particulièrement dans les années 1970, les effectifs de la série devenue ES au milieu des années 1990 ont continué de progresser, jusqu’à en faire aujourd’hui la deuxième série de l’enseignement général et technologique, avec 23% des élèves, derrière la série S (38% des élèves) et devant la série STMG (13% des élèves).

Evolution de la proportion d’élèves des terminales générales et technologiques

Une série et un enseignement de SES appréciés

Cette attractivité s’explique aussi par les poursuites d’études qu’autorisent les SES et la série ES (cf. infra) que par l’intérêt de cet enseignement pour les élèves.  L’enquête de grande ampleur dirigée par Philippe Meirieu en 1998 auprès des lycéens a ainsi permis de distinguer trois grands groupes d’enseignements :

  • ceux qui sont perçus positivement seulement en termes de formation personnelle, pour mieux se situer et agir dans le monde, (les « humanités classiques » : français, histoire-géographie, philosophie),
  • ceux où les appréciations positives ont essentiellement trait aux débouchés qu’ils autorisent (physique-chimie, mathématiques)
  • et ceux qui arrivent à concilier ces deux types de motivations. Les SES côtoient dans ce groupe les langues vivantes et les sciences de la vie et de la terre.

Plus globalement, pour chaque enseignement, des appréciations positives et négatives sont renseignées par les élèves. Les SES ressortent alors comme l’enseignement qui a le plus d’attractivité.

 

Différence entre citations positives et négatives (en % des enquêtés)

Une série socialement mixte

Chaque année, ce sont plus de 100.000 élèves qui entrent en première ES : ce sont plus souvent des filles (60% des effectifs), d’origine sociale similaire à la population générale des classes de seconde (et donc moins favorisée socialement que les élèves de la série S), avec des résultats scolaires là aussi proches de la moyenne des élèves de seconde.

Quel parcours pour les bacheliers ES dans l’enseignement supérieur ?

Quelle réussite au bac ES ?

En 2015, le taux de réussite au baccalauréat ES (supérieur de 3 points pour les filles à celui des garçons) ne diffère pas sensiblement de ceux des autres baccalauréats généraux. La proportion de mentions attribuées (53%) est identique à celle des L mais moins élevée qu’en S (63%).

Une nette préférence pour les études longues

Les bacheliers ES sont très majoritaires à privilégier des études supérieures longues : les deux tiers d’entre eux (64 %) entrent en première année d’université, en classes préparatoires, en école postbac avec sorties à bac + 4/5 minimum. 

Chaque année, près des deux tiers des bacheliers ES qui ont choisi de s’orienter vers une filière supérieure professionnelle courte rebondissent de plus (à bac + 2 ou bac + 3) vers une filière longue (en grande école ou à l’université). Au total, plus de 80 % des bacheliers ES ont pour objectif de se doter d’un diplôme de niveau bac + 4/5 minimum, ce qui est l’indicateur d’une ambition élevée.

Une attirance forte, mais non exclusive, pour les études supérieures économiques

Les bacheliers ES qui s’inscrivent en première année de licence s’inscrive en droit (pour 30% d’entre eux), en sciences humaines et sociales (pour 20%) ou en économie gestion (17%) mais également en langues ou lettres (16%). La licence d’économie gestion ne concerne donc que 9% des bacheliers ES, même si ces derniers y représentent la moitié des effectifs.

Malgré tout, plus de la moitié des bacheliers ES s’orientent vers des études supérieures économiques générales (licences d’économie-gestion, d’AES, classes préparatoires économiques, IEP…) ou professionnelles (écoles de commerce et management des entreprises post-bac, autres écoles tertiaires, IUT, STS…).

L’autre moitié des bacheliers ES s’orientent vers des études juridiques, de langues, de science politique, de sciences humaines et sociales, de communication, de STAPS, de lettres, d’art, voire paramédicales ou scientifiques.

La réussite des bacheliers ES dans l’enseignement supérieur

Les bacheliers ES font, dans les filières universitaires, jeu égal avec les bacheliers S, près de la moitié d’entre eux parvenant à se doter d’une licence en trois ou quatre ans (contre quatre bacheliers sur dix pour l’ensemble).

En licence d’économie gestion, 56% des bacheliers S et 45% des bacheliers ES passent en L2 à l’issue de leur première année de L1. Un écart de 11 points qui peut avoir pour origine le degré de mathématisation dans plusieurs disciplines clés de la licence, mais aussi une origine sociale différenciée, les bacheliers ES ayant un recrutement social plus mixte que les bacheliers S comme nous l’avons vu.

Concernant les IUT et les BTS, les données sont flatteuses pour les ES : les étudiants inscrits en 1ère année d’IUT en 2011 furent 82 % à réussir à se doter d’un DUT en 2 ou 3 ans (contre 77% tous bacs confondus), et 86 % des étudiants de ES réussirent leur BTS en 2014 (contre 76% tous bacs confondus).

Par ailleurs, 83 % des bacheliers ES de classes préparatoires réussissent un concours au moins, un taux très élevé.

Quelle place pour les SES dans un futur lycée ?

L’école du 21ème siècle se doit de former largement les lycéens aux regards des sciences sociales sur le grandes questions économiques et sociales au cœur de l’actualité.

En seconde, le statut « d’enseignement d’exploration » optionnel, le plus souvent en classe entière et avec un horaire réduit à 1h30 par semaine, ne permet pas d’atteindre cet objectif.  L’APSES y revendique l’intégration des SES aux enseignements obligatoires avec un horaire revalorisé.

Au-delà de la série ES, l’APSES demande que les SES soit présentes dans les séries L et S de manière optionnelle.

Ces 50 ans des Sciences économiques et sociales sont l’occasion de rappeler la réussite qu’a été l’introduction de cet enseignement. C’est aussi le moment de demander que cet enseignement contribue à former le plus grand nombre d’élèves au lycée, car les enjeux économiques, sociaux et politiques sont au coeur des choix collectifs que les citoyens doivent effectuer. C’est donc une nécessité démocratique !

L’auteur

Erwan Le Nader, président de l’Association des professeurs de SES (Apses), professeur de Sciences économiques et sociales au lycée Gutenberg de Créteil et formateur à l’ESPE de Créteil.
Il a codirigé, avec Marjorie Galy et Pascal Combemale, Les Sciences économiques et sociales – histoire, enseignement, concours, La Découverte, 2015 (préface de Stéphane Beaud et Thomas Piketty).