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Les SES et moi : Rubin Steiner, musicien

Pourquoi avez-vous choisi de faire des SES ?

C’est vieux tout ça... Je me souviens que, comme la majorité des jeunes de seconde, je ne savais absolument pas quoi faire dans la vie plus tard, on n’est pas préparé à ça, et je devais user de beaucoup d’imagination pour me convaincre d’être intéressé par autre chose que mes deux marottes d’alors : le skateboard et le punk rock.

J’ai cru un temps être plus finaud que la moyenne, contrairement à ce que me disaient mes bulletins scolaires, et j’avais plus ou moins décidé que je ferai Science Po, la voie idéale de ceux qui ne savent pas quoi faire mais veulent mettre toutes les chances de leur côté. Par défaut, j’ai donc choisi la 1ère B, probablement sur les conseils de quelqu’un qui avait vu clair dans mon petit jeu. Mais très sincèrement, je n’étais pas amoureux des maths ou des sciences, ni des langues.

Racontez un moment qui vous a marqué en cours de SES.

Beaucoup de choses m’ont marquées durant ces deux années de 1ère (j’ai revu mes ambitions de hautes études après mon redoublement), et l’année du bac. J’ai de nombreux souvenirs des cours de SES. 

Un des plus marquant, c’est peut-être lorsqu’il avait demandé d’acheter et de lire des journaux et des magazines de société, et d’en chercher les idéologies, sinon la couleur politique, au travers des éditos, des courriers des lecteurs, et plus généralement du traitement de l’information. Pour beaucoup d’entre nous, c’était la première fois que nous lisions Libération, le Figaro, le Nouvel Observateur, L’Express... J’ai d’ailleurs le souvenir de discussions "politiques" lors de réunions de famille à ce moment là, où mon niveau de connaissances des théories économiques et d’histoire, pourtant balbutiantes, me permettaient de mieux comprendre les enjeux que la plupart des adultes, et surtout analyser et vraiment comprendre les discours politiques et journalistiques, souvent réduits à quelques résumés factuels. 

J’ai surtout compris à ce moment là la difficulté de mener une politique économique, la manière dont d’innombrables paramètres rentraient en jeu ainsi que la délicate manière de composer, pour les politiques, avec des visions de droite et de gauche (de l’économie). J’ai même des souvenirs de cours pendant lesquels je ne savais plus si il était possible d’avoir une intime conviction politique lorsque l’on connaissait le sujet, car chaque théorie offrait, sur le papier, autant de solutions "possibles".

Ces cours étaient d’autant plus passionnants qu’en comprenant les rouages de l’économie, nous devenions à notre tour "passeurs". Encore aujourd’hui je le pense vraiment : l’une des raisons de la crise politique est aussi due à la méconnaissance des bases de l’économie de la population. 

Aujourd’hui, les SES, c’est quoi pour vous ?

Je répondrai à cette question dans une poignée d’années quand ma fille entrera au Lycée et que je remettrai par la force des choses le nez dans les choses de l’éducation nationale ! J’ai cru comprendre que les choses avaient beaucoup changé depuis le tout début des années 90. Pour le moment je dis encore "bac B". C’est pour dire... 

Cette matière étant aussi mouvante que la société, mes années de fac de lettres m’ont permis d’absolument tout oublier des années Lycée, et je suis aujourd’hui complètement perdu dans ce qu’on appelle l’économie. J’ai acheté, il y a quelques années, un Anabac d’éco pour essayer de me remettre au niveau : sa lecture m’a remis les idées en place pendant un temps, jusqu’à ce que, par faute de motivation, j’ai à nouveau tout oublié. Je me souviens aussi (et je n’arrive toujours pas à le réaliser) que mon prof m’avait inscrit au concours général d’économie lorsque j’étais en terminale. Je ne devais être pas trop nul mine de rien !

Un enseignement en prise avec la société actuelle

J’ai vite compris que j’avais un prof qui sortait de l’ordinaire, un prof motivant et dont la personnalité était si singulière que pendant ses cours nous sortions d’un univers fermé d’abstraction pour "travailler" le réel, la "vraie vie" comme on dit aujourd’hui. Même si quelques profs de langue, de science ou d’histoire géographie tentaient artificiellement de rattacher leurs méthodes d’apprentissage avec des allusions concrètes ou relative à cette fameuse "vraie vie", le cours d’ "éco" (comme on disait alors) prenait pour point de départ l’état de la société, pour en démêler et expliquer les fonctionnements. Partir du concret pour aller vers la théorie donc, avec ce concret qui était l’endroit même dans lequel nous vivions, sans vraiment l’avoir observé pour la plupart d’entre nous. 

Cet enseignement, nous l’avions vite compris, nous préparait pour quelque chose qui allait bien au delà du Bac. C’était également le seul prof qui prenait quelques minutes avant et après les cours pour discuter de musique avec nous, et ça, au lycée, ça n’a pas de prix !

L’auteur

Rubin Steiner, né Frédéric Landier en 1974, est un musicien et dj français originaire de Tours. C’est là qu’il a suivi des cours de SES et passé un bac B.

Depuis 98, il s’est amusé à sampler du vieux jazz, à faire tourner des arpeggios de synthé analogique, à jouer avec des boites à rythmes pour danser, à faire hurler sa guitare, à composer des hymnes exotica et autant de tueries rock n’roll, disco punk ou hip-hop. Aujourd’hui, il joue avec des synthés et des boites à rythmes et laisse tomber les samples, les guitares, et l’exotica pour plonger dans sa vision très particulière de la musique pour danser : des ambiances SF, des monstres, de l’amour et des synthétiseurs retro-futuristes.

Certains trouveront ça techno, d’autres rock n’roll, d’autre encore post-punk ou disco.

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