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Les SES et moi : Yannick L’Horty, économiste

Pourquoi avez-vous choisi de faire des SES ?

Je n’ai pas vraiment choisi de faire des SES au lycée. J’étais un assez bon élève dans un collège parisien du XVème arrondissement avant que mes parents ne décident de quitter notre appartement de location pour acheter une petite maison en banlieue sud, à Chatenay-Malabry, sans organiser un changement d’établissement. Après notre déménagement, en début de classe de troisième, j’avais près de trois heures quotidiennes de bus et métro pour rejoindre mon collège parisien et mes moyennes ont chuté. Je n’ai pas été accepté en section scientifique et il m’a été proposé de poursuivre ma scolarité en seconde AB. J’ai accepté cette offre avant de poursuivre en première et terminale B dans mon lycée de secteur à Chatenay-Malabry.

Une fois le changement d’établissement réalisé, en début de seconde, mes notes ont considérablement remonté et j’ai finalement obtenu mon bac B avec la meilleure moyenne de mon lycée. J’ai ainsi expérimenté les effets de la distance domicile-travail sur la productivité individuelle, qui est l’un des thèmes sur lesquels je travaille aujourd’hui. J’aimais beaucoup les cours d’histoire, de philo et de maths au lycée. Mais j’ai adoré les SES parce que cet enseignement combinait une approche qui se voulait rigoureuse dans plusieurs disciplines à la fois, appuyée sur des travaux de référence, et appliquée sur un très large ensemble de sujets économiques et sociaux. Je n’ai jamais regretté ce choix imposé.

A vrai dire, j’avais une vision très floue des contenus et des débouchés de chaque série et je n’étais aidé en rien par mes parents ou mes proches, tous très éloignés de l’enseignement.Je suis issu d’un milieu social plutôt défavorisé. Mes quatre grands-parents sont ouvriers et résidaient dans une petite commune rurale de Seine-Maritime dont l’employeur unique était une entreprise de verrerie spécialisée dans les flacons de parfum. Le destin professionnel de mes cousins et cousines était de rejoindre mes oncles et tantes dans cette entreprise qui a employé et logé ses ouvriers pendant plusieurs générations. Mes parents ont effectué un véritable exode rural en quittant ce village quand ils avaient vingt ans et ils sont parvenus sur le tard à une certaine réussite économique. Mais ma famille, même élargie, ne comptait à cette époque aucun bachelier.

J’évoque mon origine sociale parque je pense qu’elle a pu contribuer à me rendre particulièrement réceptif aux enseignements de SES qui insistent sur le poids des déterminismes dans la reproduction des inégalités sociales et scolaires. Avec le recul, je me dis que cette série m’a apporté au bon moment tout un capital culturel qui m’était totalement étranger, sans doute parce que j’appartiens à un socio-type assez particulier, celui des bons élèves issus de milieux défavorisés (profil assez peu représenté chez les économistes).

Un moment qui vous a marqué au cours de cette formation ?

Il s’agit d’une rencontre plutôt que d’un moment. J’ai eu la chance de croiser l’itinéraire d’une jeune professeure de SES particulièrement engagée dans son enseignement. Ses cours étaient extrêmement bien préparés et documentés. J’ai le souvenir d’un enseignement structuré, fouillé, détaillé mais aussi engagé dans le bon sens du terme, qui cherchait à répondre de façon pertinente à une question économique ou sociale, en présentant les différents points de vue. Elle se distinguait nettement d’autres enseignants de SES que j’avais eu et qui me semblait plus caricaturaux, notamment lorsqu’ils parlaient des entreprises ou du libéralisme en économie. On dit que la rencontre avec un professeur peut compter beaucoup dans la trajectoire d’un élève. Ce fut mon cas et j’essaye depuis, avec tous mes étudiants, de leur apporter le plus possible de ce que j’ai reçu.

Aujourd’hui, les SES, c’est quoi pour vous ?

Je pense qu’il s’agit de la voie la plus intéressante à suivre pour les élèves des lycées dans les séries générales qui veulent comprendre le monde contemporain. C’est le cursus dont l’ouverture disciplinaire est la plus large, puisqu’il associe plus d’une demi-douzaine de disciplines : l’économie, la sociologie, les sciences politiques, sans oublier les mathématiques, la philosophie, l’histoire et la géographie, les langues vivantes, les sports. En accordant une large place aux sciences humaines et sociales, c’est la série qui combine le mieux les chiffres et les lettres.

Cette ouverture a pour contrepartie une exigence particulière qui n’est pas toujours perçue par les élèves. Il me semble qu’un bon élève de SES se doit d’être bon partout, et pas uniquement dans les matières les plus abstraites, comme les élèves des séries scientifiques ou dans les matières qui font le plus appel aux capacités d’expression, orales et écrites, pour les filières littéraires. Une difficulté de la série est de maintenir cette position d’équilibre et cela implique aussi de maintenir un équilibre assez savant entre les grandes disciplines qui structurent la série.

L’auteur

Yannick L’Horty est professeur d’économie à l’Université Paris-Est Marne-La-Vallée, et directeur de la fédération de recherche du CNRS « Travail, Emploi et Politiques Publiques » qui regroupe 9 laboratoires et 190 chercheurs en Economie, Sociologie et Gestion. Ses domaines de recherche sont l’économie du travail (notamment l’effet du lieu de domicile sur l’emploi), l’économie de la protection sociale et l’évaluation des politiques publiques.

Après un bac B obtenu au début des années 1980 et deux années de classe préparatoire B/L (Lettres et sciences sociales), Yannick L’Horty a intégré l’Ecole Normale Supérieure de Cachan en section Sciences sociales. Il a travaillé dix ans dans l’administration économique (INSEE, Direction de la Prévision et CERC) avant de devenir enseignant-chercheur à l’université, après avoir soutenu une thèse de doctorat en économie du travail.

Sa page professionnelle

La page de la fédération de recherche du CNRS « Travail, Emploi et Politiques Publiques »